Fraternité

 

Tu unis les hommes
Tu fais tomber les murs
Et apaises les tourments.
Dans la détresse,
Tu prends la main,
Que l’on tend
Et rappelles à chacun,
Qu’il n’est jamais rien.
Par toi, le monde
Devient plus humain,
Et l’amour triomphe
Du mal et du chagrin.


 

 

 

Le Pardon

 

Pardon à mon frère,
À ma sœur, à mis enfants,
Pour l’ombre de mon ignorance,
Pour les coutumes et les légendes,
Pour le chant du Calao, ignoré,
Pour la danse et la parole oubliées,
Pour toutes les lois qui fondent notre monde.

Pardon à ma progéniture,
Je lui demande indulgence
Pour l’épais silence
Qui a remplacé les saints récits,
Les chants et les jeux d’autrefois.

À l’humanité,
Je tends la main,
Qu’elle entende ma prière
Pour un paisible lendemain.

Mais à ceux qui ont tué la paix
De la savane,
Éteignant l’accalmie du désert,
Ceux qui anéantissent
La quiétude du monde
Et l’amour dans nos âmes,
Qu’ils soient à jamais dans l’ignominie
Et dans une honte profonde.

Pardon pour mes errances,
Pour mes absences,
Toutes mes maladresses,
J’implore mes frères et mes sœurs :
Soyez dignes et libres,
Loin du fouet et des chaînes,
Attachés aux esprits bienveillants de la forêt,
Unis sous l’arbre à palabres.

Champ de Colombe (Hiroshima)

Sous le manteau sombre du matin,
Le soleil hésite, craignant la nuit,
Où les oiseaux se terraient,
Derrière le rideau sombre de poussière.

Je me souviens du poids de ces ténèbres,
Dans les rues dévastées de Nagasaki :
Du lourd silence et d'incandescentes cendres,
Les corps brisés, abandonnés, dépouillés,
Dans l’oubli, sur les routes meurtrières.

Je revois le champignon géant,
Comme un serpent dressé
Dans le ciel embrumé d’Hiroshima.
Ce fue un long cauchemar,
Que des nuits d’hécatombe.

Mais il s’est levé une colombe :
Blanche messagère, dans l’azur moiré,
Ses ailes tracent le renouveau.
Elle proclame la paix aux âmes blessées,
Dans une atmosphère épurée.

Paix au sommet des montagnes enneigées,
Où s’allume à nouveau
La flamme de l’harmonie,
Au lever d’un charmant soleil retrouvé.

Elle annonce la paix
Dans toutes les vallées dévastées.
Les oiseaux joyeux l’escortent
Dans un gigantesque tourbillon :
Leurs cris ramènent la vie,
Heureux, ils célèbrent la liberté.

L’arc-en-ciel se pare de l’horizon,
Le printemps de ses fleurs bénit la terre.
Puisse ce message traverser les générations,
Pour abattre le totem de l’orgueil,
De la corruption, de l’inhumanité.

La colombe, sur la branche du cèdre,
Éveille et enseigne l’unité.

Calice d’amour

S’aimer n’est pas un mystère.
Cela ne demande aucune leçon.
S’aimer n’appelle sans façon
Qu’à dissiper les nuages de la haine,
Même quand nos têtes se rebellent
Contre nous-mêmes et contre tous,
Et qu’au soleil de l’amour se ferment nos portes.

Brisons les chaînes qui entravent nos consciences.
Voyez comme jubile celui
Que les ailes immaculées de l’amour portent.
Son envol repousse la peine,
Tapie au plus profond de son âme,
Et de braises ardentes renaît l’humanité.

S’aimer c’est renaître à chaque souffle.
Alors toi et moi déposons nos armes
Pour la réconciliation goûtons
À la résilience et à la sagesse,
Souffle de la concorde, qui ravive l’étincelle
Et nous ouvre le seuil de la sérénité.

Ainsi serons-nous beaux et majestueux,
Partageant le calice d’amour.


 

 

Dollar

 

Dans l’impasse noyée sans horizon,
Le carré de gris béton,
Haut comme l’oubli,
Je marchais, usé et perdu,
Chaque jour dans la brume.
Le doute m’engloutissait.

Mes nuits s’étiraient sans fin,
Sous le regard insolent des rats,
Compagnons de misère.
La sirène perçait le silence pesant,
À cinq heures du matin.

En troupeau dociles,
Nous levions les yeux vers l’aube,
De temps à autre, pour une muette prière.
Nous partions vers les usines,
Temples d’acier et de verres peints.

Nous venions du territoire,
Où les enfants sont privés de rêves.
Ils jouaient à feindre la joie,
Enfants sans avenir certain,
Victimes d’un monde qui les a oubliés.

De minuit à minuit,
Défilaient des prêtres en col blanc
Qui nous imposaient leur rituel
Devant l’autel du « vert-dieu »,
Dollar maître de nos rues,
Seigneur des banlieues sans âme.

Notre espoir moribond
Se cognait aux murs
Infranchissables de l’indifférence.


 

 

Fléaux

 

À vouloir vivre
L’hiver nous surprend
Entassés dans des foyers sans chaleur,
Asservis et forcés à l’intégration,
Sous des regards lourds de suspicion.

Demain comme aujourd’hui
Le train nous emmènera au boulot
Corps brisés, cœurs sourds à la fatigue,
Dans ce cul-de-sac au silence avorté
Nous attendons que se distillent nos peurs,
Au son des trompettes d’espérance
Mais nous sommes de l’autre côté du temps.

Dans ces barres d’immeubles glauques
Où se brisent nos printemps,
Des discours savants et polis
Dissimulent la réalité
Et masquent l’arbitraire.
Nous vivons englués dans l’absurde,
Aux frontières de l’esclavage,
Coupables à vouloir vivre.


 

 

Espérance

 

Douce étoile
Qui veille sur nos nuits.
Tu éclaires nos chemins
Nos cœurs meurtris.

Dans la tempête du destin
Tu restes fidèle,
Offrant à quiconque
Une force nouvelle.

C’est grâce à toi,
Que nous avançons sans peur,
Persuadés qu’au bout du trajet
Brillera le bonheur.

Rescapés

Échappés du naufrage
Rescapés des affres du désert
Tombés dans « l’aparthéicide »
D’un quotidien rugueux et morose,
Inhumainement parqués en rétention,
Exclus jusqu’à la déchéance,
Nos routes sont sans issue

Nous sommes dans une tour,
Aussi haute que celle de Babel,
Le ciel est bien haut encore
Les espoirs s’effritent,

Un rayon d’aube osera-t-il traverser la brume,
Comme pour apaiser nos âmes meurtries ?


 

 

L’infertile

 

Depuis, il y a bien longtemps,
J’ai perdu la parole :
Devenue verbe infertile.
Après la mort du père.
Il y eut la mort de l’enfant.
Grande reste la peine de la mère,
Il lui coule depuis des larmes
Par l’œil d’Horus.

Je me croyais toujours en tort
Devant la raison du plus fort
Qui saura aider à porter un tel deuil
Face à la haine, face à l’orgueil
Mais j’ai encore plus à offrir.
Au-delà de la rose qui s’étiole,
Un large sourire et un amour fertile

Je n’ai que faire du vénéneux regard du voisin
Je veux rester maître de mon destin.
Je ne suis plus le produit du hasard
Malgré le malheur qui tapisse mon chemin.

Au petit matin blême,
Le coq chantera encore pour l’oraison.
Même quand du ciel tombera des pluies acides.
Même si l’hiver s’étale

Je me découvre dans ce silence
L’air frais du renouveau.
Je sens en moi grandir le désir
De reprendre le fil de mon existence

Je n’ignore pas la mort du père,
Comme celle de l’enfant.
La peine de la mère demeure.
Mais en moi surgit une force,
M’invitant à regarder au-delà de mon chagrin

Et au bout de la nuit,
Quand le matin s’anime,
Je perçois la promesse,
Le bonheur de la parole retrouvée.


 

 

Comme (1)

 

Comme cette pomme
Que tend ma paume,
Je deviens l’offrande,
Fruit mûr de la joie qui vous anime.

Je suis votre image,
J’emprunte les mêmes chemins,
Non, je ne suis pas un mirage :
Ensemble, nous gravissons la même montagne,
Car nous sommes le miroir l’un de l’autre.

Je suis votre reflet,
Sur les mêmes chemins que vous,
Non, je ne suis pas un mirage :
Ensemble, nous gravissons la montagne,
Miroirs l’un de l’autre,
Tels deux voyageurs liés par le destin.

Je suis l’écho de votre voix,
Une part de votre choix,
Comme le parfum du matin
Qui rappelle la rose éclose,
Ou la trace d’encens
Qui veille sur vos nuits.

Tous les deux en sursis,
Voyageurs en partance,
Sur ce bateau qui glisse sur la houle,
De méandre en méandre,
D’un port inconnu à l’autre…

Comme vous, je suis
L’ombre attachée à la vie,
Suspendu à l’étincelle d’une flamme,
Tous deux en sursis,
Voyageurs en partance,
Sur ce bateau qui glisse,
De méandre en méandre,
D’un port inconnu à l’autre.

Comme cette pomme
Que tend ma paume,
Je deviens l’offrande :
Viens, poursuivons le voyage.

Je suis comme votre parfum,
Qui rappelle la rose matinale,
Et, tel l’encens discret,
J’embaume vos nuits de souvenirs.

Comme vous, je suis
La trace de l’ombre,
Mais à la vie, fermement attaché,
Suspendu, moi aussi,
À l’étincelle d’une flamme.

Je suis votre image,
J’emprunte les mêmes chemins,
Non, je ne suis pas un mirage.

 

Ô Mamie

 

Tu avais franchi le seuil du miroir,
Chère amie, douce lumière,
Le brouillard voile à peine ton sourire,
Et nos cœurs endeuillés
S’accrochent à ton souvenir.

Ils se souviennent de tes merveilleux contes,
De tes récits nés à la lueur des lucioles,
Tes proverbes murmurés sous le grand manguier,
Toi, notre baobab, notre arbre à palabres,
Source de sagesse et de tendresse.

Il va nous manquer la chaleur de ta parole,
La douceur de tes mains apaisantes,
Qui séchaient nos larmes,
Et soignaient nos âmes fatiguées.

Ô Mamie, ce n’est qu’un tour de manège,
Car nous savons que tu veilles sur nous,
De là où tu danses avec les anges,
Il nous parvient la brise de ton amour,
Qui raffermit nos cœurs chagrins.

Nos jours et nos soirs ont changé de couleur,
Il va nous manquer ces instants de simple partage,
Comme ces regards complices,
Tu n’es pas au passé, mamie
Tu es juste de l’autre côté du miroir,
Ton départ n’est qu’un au revoir.

Nous entendons l’écho de tes chansons,
Le soleil dans tes yeux nous réchauffe,
Comme nous nourrit ta mémoire d’éléphant,
Lorsque tu es partie, l’automne nous a recouvert,
Le ciel s’est assombri, enfoui par la mer
Nous étions comme un jour privé de sa nuit.


 

 

Liza

 

Tel un hommage, tu m’enivres de joie,
Juteux fruit, généreux de toute ta sève.
Tu libères le souffle de mes rêves,
Brisant ces horribles chaînes
Qui entravaient mon bonheur d’être.

Ton premier cri fait naître
La force et le courage
Je t’appelle Kounta Kinte, Liza,
Toi qui perpétues les racines,
Tu es mon défi à l’éternité.

Étoile des mages nubiens,
Tu apaises la houle océane
Tu portes les couleurs de la paix
À mon exil tourmenté.

Oui je me souviens
Du grand livre des pharaons.
J’ai inscrit ton nom Kounta
Tu Kinte, solidité et ténacité
Ma fleur de lys,
Soleil du Kilimandjaro au matin.


 

 

KONGO (Kasàla du pays)

 

Je m’appelle Kongo, Kongo dia n’totila,
Fils du grand arbre sacré,
Gardien de l’union.
Mes larmes ruissellent,
Comme un déluge sur la terre hostile,
Nul ne m’entend pleurer
Nul ne répond à mon énorme cri.

Mais je suis d’ébène et de lumière,
Ma forêt regorge de vie,
Ma terre nourrit le monde,
Mon peuple est démuni
Des fruits de cette richesse,
Ma dignité et mon bien-être,
Me sont arrachés chaque jour,
Je meurs de faim et de silence.

Je suis N’Zadi, aux multiples confluents
Où femmes et enfants tombent,
Victimes du coltan, du cobalt, du diamant,
Jeunes et vieux sont brisés,
Nos cases baignent dans notre propre sang.

Des milliers de lettres sont envoyées
À « Madame-la-Communauté-internationale »,
Elles dorment dans ses tiroirs,
Elle n’y répond que par des mots vides,
Lors de ses rares assemblées.

Je croyais que nous étions tous enfants d’Adam,
Comme le dit le livre du curé,
Je croyais que nous étions tous descendants de Noé,
Comme l’enseignent les missionnaires.

Mais je sais aujourd’hui
Que je viens d’Akhenaton le pharaon,
Et que le soleil coule dans mes veines,
Qu’Aïssata m’a donné le sein,
Nous sommes tous une humanité
Mes bourreaux prédateurs et moi.

Même si je m’appelle Kongo,
Même si mon corps chevauche l’équateur,
Je le sais par mon sang versé,
Ce sang noble de martyrs ignorés,
Qui enrichit les sbires en costume d’opéra
Commis de « Madame-la-Communauté-internationale ».

Ces vautours rôdent dans l’obscur et se repaissent
Des corps inoffensifs de femmes et d'enfants,
Morts dans la violence malgré l’innocence.
Morts malgré leur « humanisme »
« Madame » me méprise, et veut me recoloniser,
Mais aujourd’hui femmes et enfants se dressent,

 

 

 

Leurs poings levés réclament l’avenir,
Ils réclament leur liberté,
Ils clament leur conscience éveillée,
Ils exigent la souveraineté,
Entendra-t-elle leur supplique
« Madame-la-communauté-internationale » ?


 

 

À Omotoundé Oussiré Kalala

 

Dans le flot de mes pleurs
Résonnent tes paroles sages,
Résonnance de justice, chant d’honneur,
Libre, fier, porteur de lumière,
Fulguration de vérité,
Ta voix a déchiré les ombres,
Elle m’a ouvert la porte Djed,
Où le Maât veille en toute dignité,
Là où l’esprit embrasse la matière
Dans l’infinité de l’universel.

Oussiré Kalala, Omotoundé,
La lune ne calmera pas mes songes,
J’attends l’aube, après la nuit profonde
Où me plonge ton absence
Je creuse encore les gouffres,
Moi qui te rêve dans la danse des astres,
Ô mon encre indélébile de scribe,
Quand le soleil rejoindra la lune,
Nous serons, toi et moi, à jamais en extase,
Dans le passage secret de la pyramide,
Aux confins des terres kouchites.


 

 

MIKISHI (Kasàla des Esprits)

 

Hier, aujourd’hui, demain,
Mon histoire se tisse dans la douleur et la déchirure.
Assiégé par la nébulosité profonde,
Mon appel résonne, réverbération solitaire dans la vallée.
Il me révèle, me fait renaître,
Comme une vérité cachée sous l'imposture.

Marqué par la cupidité aveugle,
Je cherche l’œil en triangle,
Pour voir au-delà de l’horizon,
Pour saisir la force et la sagesse.
À l’aune de la beauté,
Outil sublime de la majesté.
Hier, aujourd’hui, comme demain,
Je refuse l’ignorance et j’évite l’absurde.

Ô Mikishi, Ô Bankambua,
Quel sentier suivre pour retrouver la quiétude ?
Comment retrouver mon identité souveraine,
Quand, au nord, s’élèvent des voix discordantes ?
Quelle science me guidera vers l’équité,
Vers la lumière où trône Thot le trois fois grand ?
Par quelle voie retrouver la règle
Et le compas d’Imhotep, l’architecte ?

Ô Mulemba,
Serais-tu en colère contre ma descendance ?
J’attends ta clémence, pour réapprendre
L’art d’être moi-même sans craindre.
De voyager d’Est en Ouest comme le vent,
Sans entrave, goûter au philtre de l’immortalité,
Pour confondre ceux qui me veulent anéanti,
Humilier ceux qui ont trahi la règle de l’Amanti.

Ô Osiris, bel amant de d’Isis la merveilleuse,
Je veux vous servir en soldat fidèle,
Je veux reconquérir mes terres et mes savanes confisquées,
Libérer frères et sœurs de la loi
De ceux qui marchent masqués en plein jour.

Ô sains martyrs et chérubins,
Je n’ai pour armes que ma lamentation
Je veux agir par vos mains tranchées par la barbarie,
D’hier, d’aujourd’hui et de demain,
Je veux marcher, la tête haute, la parole claire,
Je me veux la voix de la liberté et de la paix.

Je rêve d’une belle nation nouvelle,
Et que les intrigues se dévoilent,
Que se détruisent, dans leur haine,
Ceux qui nous veulent asservis.

Et toi, Nerout Aken, porteur des mystes de Râ,
Quand frapperas-tu de ton sceptre cette terre aride,
Fais tomber les pluies d’abondance.

Notre histoire t’appartient,
Hier, aujourd’hui, demain,
J’implore le cœur empli de douleur.

Je laisse à la nuit mes vieux souvenirs,
Je doit sortir du cocon de l’orgueil et de l’intrigue.
Je veux retrouver l’intégrité par Osiris,
Par la puissance de Nephtys, d’Horus et d’Isis
Ainsi trembleront les nuisibles
Quand ils me verront sortir du Duat,
Brandissant l’Ankh majestueux, l’Oudjât vigilant.

Tel est mon kasàla.


 

 

Liberté

 

Souffle ardent
Tu traverses l’espace et le temps,
Tu brises les entraves,
Et délivres de cages de l’asservissement,
Dans ce monde en tumulte,
Quand ta voix s’élève,
Portant le flambeau de l’égalité,
Et de la dignité,
Le rêve des peuples se fait réalité.
Tu sais guider nos pas chancelants,
Vers des terres inconnues.
Et nous nous découvrons,
Souverains et jamais vaincus.


 

 

Ombre

 

Le Sud s’enveloppe dans son ombre,
Le silence épouse sa douleur muette,
Ignorance sourde et voilée dans une innocence tendre.
Le temps retient des exhortations que la nuit répète,
Gémissements étouffés d’absurdes violences.

Le tonnerre gronde, les chars avancent,
Le fer des machettes luit de terreur,
Rires acides et regards en transe,
La terre brûle, la peur consume la raison.

Ici, s’écrit la loi du plus fort
Tant au présent, qu’à l’imparfait,
Sous la cruelle règle d’esprits échaudés,
Les oiseaux noirs fendent le ciel de fer,
Messagers funèbres d’un destin amer.

Le Nord discute, distant, du quart-monde,
Le Sud s’étouffe dans l’air sec du tiers-monde,
Les espoirs s’effritent, les rêves s’effacent,
On a brisé la maison de l’orphelin,
Dans le fracas, l’essentiel se perd.

L’incapacité laisse sa trace sur la conscience,
Le tonnerre gronde, les chars avancent,
Les bourreaux ricanent, les lames acérées dansent,
La nuit recouvre d’opacité l’espérance.

Le Sud s’enveloppe dans l’obsolescence,
Il s’installe l’obscur qui recouvre tout.


 

 

Les Plumes

 

Les grandes plumes des « canards »
Symboles de la fuite du temps
Et de la perte de liberté,
Laissent sur nos cœurs la marque indélébile du désespoir.
Nous attendons l’émergence de nouvelles perspectives
Pour l’humanité,
Tout en regrettant d’hier la beauté.
Elles évoquent un passé révolu, éclairé d’un soleil timide.

Nous espérions un avenir prometteur,
Mais l’actualité demeure sombre,
Des rives de l’Euphrate endeuillées
Gaza en proie à la violence,
Tandis que l’Afrique se noie.

Les sanglots et les tourments persistent,
L’apocalypse semble s’étendre,
De l’Ukraine à Sarajevo, de Johannesburg à l’Oural,
De Miami au Kivu.
Les divisions se multiplient,
Le ciel est de plus en plus indifférent.

Aux chars qui balayent les corps tombés,
Fauchés par les bombes en « frappes chirurgicales ».
Les séparatistes construisent de nouvelles colonies.
L’apocalypse semble s’étendre


 

 

MAUX et MOTS

 

Sur tes paupières mouillées,
Se fermeront mes yeux,
Ta tristesse me traverse,
Profonde et silencieuse.
Dans la corde de mes pensées,
Semblables à tes cheveux tressés.
Mes mains d’amant se blessent,
Agrippées aux épines de rosiers sans fleurs.

Mon chagrin dort dans tes yeux clos,
Et la lumière s’efface de mon cœur.
Je me perds dans l’écume
De notre insurmontable amertume,
Mon âme grelotte d’incertitude.

Hier encore, c’était l’été,
Le jour éclatant de notre rencontre.
Je me souviens de la chaleur,
Je m’en rappelle la splendeur,
Et je rêve de voir renaître cet instant.

Qu’il refleurisse en magnolia blanc,
Dans la nuit printanière éclose.
Que s’apaise enfin le tourment,
Que la tempête s’éloigne de notre ciel.
Je veux voir revenir l’allégresse,
Telle la blanche orchidée sauvage
Sur une terre remodelée.


 

 

Symbiose

 

Dans une symbiose retrouvée,
Nous cueillerons l’amour,
La liberté
Ton cœur accroché au mien.

Joie et allégresse.
Nos mains d’amants,
Sauront cueillir la douceur
De la marguerite du jardin,
Devant les yeux éblouis des passants

Dans la clarté du jour de printemps
Nous seront loin de la tempête.
Sous un ciel sans nuage
Nous serons
La liberté


 

 

Les Corbeaux

 

Sous ce ciel ocre,
Où les oiseaux rapaces s’envolent en arabesques
Je m’ouvre à la brise,
Cherchant la tendresse dans le vent.

Le cœur en incertitude
Dans ce monde en turpitude
Les ombres noires s’effacent,
Les cris deviennent murmures,
La lumière caresse mes doutes,
Apaisant l’incertitude qui m’habite.

Et doucement, la via m’appelle,
Comme une chanson qui console,
Qu’importe les obstacles,
Je me veux vide de toute crainte,
J’aspire à la paix,

Et doucement, la via m’appelle,
Comme une chanson qui console,
Mon âme se berce d’espérance,
Elle réinvente la douceur d’exister.

Dans le vaste théâtre du monde,
Ma conscience s’élève,
Là où les ombres cherchent à m’annuler.
Leur gloire n’est qu’illusion fugace.

Car je suis l’humain des origines,
Je renais de mes cendres tel un phénix,
Face à ces misérables spectres,
Je suis Afra, la nourricière,
Je suis la Mère déshonorée.

Et doucement, la vie m’appelle,
Comme une chanson qui console,
Dans le matinal souffle empreint de légèreté.


 

 

Ô Guide

 

Toi, guide éclairé,
Montre-nous la clarté,
Parle-nous d’amour,
Éloigne-nous de l’ombre.
Éloigne-nous de l’opprobre.

Que vaut ta parole
Sur l’amour maternel des femmes,
Sur ces hommes et ces enfants
Assoiffés de liberté,
Quand ils s’effondrent
Devant les portes de ton palais doré ?
Éloigne-nous de l’ombre.
Éloigne-nous de l’opprobre.

Ces âmes en quête de vérité,
Les conduis-tu vraiment vers la lumière ?
Ils implorent ta générosité,
Vers quel avenir les mènes-tu ?
À quel prix cruel vends-tu leur espoir ?
Éloigne-nous de l’ombre.
Éloigne-nous de l’opprobre.

Conduis-nous vers la bonté,
Laisse-nous goûter au printemps du bonheur,
Aide-nous à vivre, à mourir dignement,
Sois un maître, non un bourreau.
Éloigne-nous de l’ombre.
Éloigne-nous de l’opprobre.

La vie est précieuse, mais brève,
Un jour, l’ange de la fin viendra,
Nous reposerons tous dans la terre,
Ultime demeure, ce sera aussi ta tombe,
Malgré tes habits verts et tes galons dorés.
Éloigne-nous de l’ombre.
Éloigne-nous de l’opprobre.

Guide-nous vers la lumière,
Vers la paix, la justice,
Loin de la haine, loin de l’ignorance,
Loin des idéologies qui nous divisent,
Des sévices que les tiens nous infligent.
Éloigne-nous de l’ombre.
Éloigne-nous de l’opprobre.

Nous ne sommes ni de simples objets
De ta cupidité, ni de banales curiosités touristiques.
Guide nos pas, nos âmes égarées,
Vers les cieux azurés,
Hors des brumes de l’errance,
Vers la souveraineté, la fraternité,
Vers le soleil de l’harmonie.
Éloigne-nous de l’ombre.
Éloigne-nous de l’opprobre.

Combien d’âmes valent ta richesse ?
Combien de vies valent tes châteaux ?
Nos besoins essentiels sont semblables aux tiens,
La faim de nos enfants et leur soif d’amour,
Notre dignité légitime.
Éloigne-nous de l’ombre.
Éloigne-nous de l’opprobre.

De quel sommeil t’endors-tu
Quand nous sommes en détresse ?
Toi, guide éclairé, maître en philosophie,
Vivons-nous une simple illusion d’agonie ?
Éloigne-nous de l’ombre.
Éloigne-nous de l’opprobre.

Combien de têtes valent tes chapeaux ?
Combien d’âmes valent tes châteaux
Et tes manoirs au Portugal,
Combien tes comptes en Suisse ?

Parle-nous d’amour, non de mort,
Accorde l’amour à nos femmes,
De l’amour aux hommes en guenilles,
De la solidarité aux assoiffés,
Dis-nous que nos vies sont ta vie,
Qu’elles méritent ta grandeur,
Et ta magnanimité.
Éloigne-nous de l’ombre.
Éloigne-nous de l’opprobre.


 

 

Un tour en Thaïlande

 

Sur ton dos, géant paisible,
Je m’enfonce dans tes forêts tièdes,
Le soleil se déroule, paresseux,
Sur la canopée perlée de rosée.
Je suis roi, l’espace d’un éclair,
Porté par la lenteur sacrée
De la végétation qui s’éveille.

Mais déjà, au détour d’un sentier,
Mon doux rêve se fissure.
Tes enfants errent dans les champs pâles,
Leurs regards noyés d’opium
Je croise leurs salutations muettes,
J’en suis troublé…

Le monde moderne gronde au loin,
Karen, Lao, Mao relégués
À l’ombre des montagnes vertes.
J’irai étrangement m’abandonner
Au confort d’un hôtel doré,
Face à la mer de Chine,
Où Pattaya s’offre, rose et factice.

Dans le hall, face à une enfant sans larmes
Qui attend la nuit, le ventre vide.
Derrière le comptoir au décor cruel,
Sourire glacé s’avance le touriste.
La fille me regarde sans me voir,
Dans la moiteur des tropiques,
Assise sur le rotin usé
D’un salon trop luxueux.
Je reste là, interdit,
Quand la voix de l’enfant s’élève, brisant le silence :
« C’est dégueulasse de vivre ici. »

Ma tête s’alourdit de soleil et de saké,
La plainte d’un bonze résonne,
Accroupi sur les marches du temple.
Je revois le Bouddha d’or,
Impassible, immense, témoin muet de ces déroutes.


 

 

MINUIT EN DÉCEMBRE

 

La ville s’illumine à minuit,
C’est décembre qui s’étale,
Le vent fredonne sa mélodie d’hiver.
Un serment d’allégresse éclot,
Sur les cendres d’une année qui s’efface,
Des semaines neuves surgissent.

Minuit fait renaître des instants sommaires
Qui réaniment nos chaires glacées.
L’année qui commence porte le voile d’une veuve.

Minuit embrase la ville de feux multicolores,
Décembre se meurt, sur les toits endormis.
Le vent susurre aux fenêtres ornées,
La nuit résonne, lourde de souvenirs.
Les ombres dansent, simulacres et fantômes,
Un jour nouveau s’annonce dans la lueur fragile,
L’année s’est éteinte, drapée d’amertume,
Ce nouveau jour hésite.
Porte déjà des arômes de peine et de chagrin,

Mais les plantes vertes renaîtront sous la neige,
Minuit promet le retour de nos espoirs
Nos cœurs transis par l’hiver se réchauffent.

Le parfum rance des fleurs oubliées flotte,
La nuit s’estompe, terne,
Nos cœurs dépouillés découvrent l’aube.

Le vent froid qui chante fait danser
Les ombres et les spectres de revenants,
Qui nous invitent à croire au retour de la lumière.


 

 

LE TEMPS

 

Le temps naît sous nos paupières closes,
Il s’étire, discret, dans le fil de nos songes,
Chaque instant, fragile passerelle,
Nous emporte d’une rive à l’autre,
Où l’illusion trace ses chemins secrets.

Le temps, chimère insaisissable,
Ramène les saisons disparues,
Où jadis nous marchions, fiers et confiants,
Ignorant la fuite des heures moroses.

Le lendemain vient le jour,
Messager caustique de l’éphémère,
Pour rappeler la danse des joies et des peines,
Quelques lueurs vacillent sur notre route,
Mais chaque moment est porteur de vie,
Chaque instant sème une promesse.

Effrontée, la mort se glisse, toujours nouvelle,
Comme une rose offerte à l’aube,
Ou l’iris qui s’ouvre au vent.

L’amour et l’innocence tissent le temps,
D’altération en transformation,
C’est une chenille qui devient papillon,
Nos vies butinent de corolle en corolle,
Vers l’inconnu, portées par la force du devenir,
Comme d’infatigables bourdons.

Dans le triangle où s’inscrit mon histoire,
Le serpent referme la boucle,
Ouroboros éternel, cercle sans fin.

Le temps par nous existe
Chaque jour de nos rêves le temps fait fortune
Chaque instant quand de rive en rive
L'illusion nous mène

Le temps, Ô belle chimère
Porte sa belle robe de saison
Ainsi le jour s’efface devant la nuit
Pour nous rappeler l'impermanence
Notre lot de gaietés et de misères
Quelques chandelles au passage

Chaque moment porte la vie comme la mort
Dans le cercle où s'inscrit le mien
Le serpent se mord la queue
Comme un ouroboros dans un tourbillon.


 

 

Réunion

 

(À Flore et ses merveilleux enfants, À Patricia.)

 

De l’océan primordial
Deux souffles naissent et se rapprochent,
Deux terres en fusion s’unissent,
Ainsi est née la Réunion.

Cimes vertigineuses, sentiers en lacets,
Son cœur palpite de couleurs vives.
Dans les ravines apaisées,
Les âmes frissonnantes
Se réchauffent aux étangs salés :
Étang Salé les Bains, Étang Salé les Hauts,
Veillées enivrantes aux Avirons.

Soleil et brume sur les crêtes de l’Entre-Deux,
Elle danse au rythme créole du Tampon,
À l’ombre des filaos géants de Saint-Gilles.

C’est la Réunion au sang métissé,
Où se murmure, l’histoire de January l’opprimée
Où s’apprend la vie exemplaire d’Edmond Albius.

J’ai volé à la mer Indienne
Quelques fragments de coraux morts,
Fruits exotiques de l’Océan bleu turquoise
Mer bleu acier sous le soleil de midi,
C’est la Réunion, ses vallées profondes et verdoyantes,
J’y dépose mes doléances de commensalité.

Comme le disait September,
Toutes les vraies histoires ne peuvent se conter.
Mais la mienne, fils du colonisé « nèg marron »,
Se révèle par le chant poignant de Saodaj :
Qui dit : « Ah, les voilà, ils arrivent ».

Je veux me fondre à la Réunion,
Entre esclavage et « engagisme »,
À l’ardente flamme du volcan jamais éteint,
Je me veux de ces deux terres offertes au monde.

Ces terres transformées par le vivre-ensemble,
Gouvernées par la canne à sucre, le café, la vanille,
Sur les plateaux brûlants de janvier,
Terres de cyclones déchaînés.

Je veux me languir, possédé par le « maloya »,
Vivre libre mon asile sur terre,
Sachant que les choses et les hommes sont loin d’être faciles.
M’enivrer et danser au crépitement du « kayamb »,
M’endormir au son troublant du tambour « malbar ».

Quand le crépuscule allumera l’arc-en-ciel au-dessus de Salazie
Dans les yeux espiègles de ses filles,
Je reviendrai m’éprouver aux sauces cafres,
M’éprouver à l’esprit de l’artisan malgache et mahorais,
« Sinois, zarabes, yabs et zoréoles ».
Goûter aux arcanes d’un humanisme éclairé,
Me fondre dans la Réunion qui se chante,
Me vouloir de cette Réunion qui m’enchante.

Moulin

 

J’habite le silence doré de l’automne,
Où se dépouille le chêne,
De ses feuilles frémissantes sous le vent,
Le voile s’étend, pâle sur la vallée.

L’ondée, messagère, tambourine
Chaque goutte réveille la mémoire du lieu.
Au « Moulin des hirondelles »
Renaît la lumière par la méditation,
Dans l’air discret des saisons
Le poids de l’année surchargée s’estompe.

Réconcilier mon âme et mon âme
Pour diluer les peurs et les doutes.
Me nourrir et me transformer sans bruit
Vêtu d’une carapace solide
En attendant de consumer mon temps
Naviguer aisément vers ma finitude.


 

 

NZEBA

 

Ton silence évoque la délicatesse d’une rose
Comme l’aube qui se révèle
Tes mots, porteurs de poésie,
Surprennent et enchantent.
Ils donnent naissance à des émotions précieuses,
Telles des perles dans un coquillage.

Par la clarté de ton verbe,
Tu sublimes nos profondeurs
Et nous éveilles aux mystères de l’âme.
Source intarissable de mots,
Tu insuffles à la poésie
Une musicalité authentique,
Vive et généreuse.

Poétesse inspirée du Maître Imhotep,
Continue de nous offrir ces romances,
Que ta parole demeure forte et fière,
Et que ton inspiration ne cesse de nous guider.
Verbe fétiche, fort en nous comme un rocher
Ô ma belle fée, n’arrête pas de nous illuminer.


 

 

La force de mon silence

 

La force de mon silence n’est pas absence,
C’est le discret zéphyr qui caresse l’aurore,
Souffle invisible qui veille
C’est un murmure persistant,
Qui dompte l’espace.

Il faut du temps pour l’apprivoiser
Sa marche feutrée est celle,
De celui qui avance,
L’œil rivé sur l’horizon,
S’émancipant du passé,
N’ignorant aucune saison,
C’est en lui que se découvre la lumière
Du chemin qui s’invente à chaque pas.

La force du silence n’est pas une nuit insondable
C’est l’éclat d’une étoile qui veille,
Quand la lune se décline
C’est la venue d’une nouvelle prière,
Une porte entrouverte sur la promesse.


 

 

Aimer

 

Aimer, s’aimer, t’aimer,
Ici et maintenant,
Nous irons cueillir l’instant
Comme se cueille la rose,
Aimer et vivre l’expérience
D’un amour sans bruit,
Où le cœur s’élance au-delà de la raison,
Aimer avec force enthousiasme,
Avec ardeur et sans fantasme
C’est une nouvelle issue, une métamorphose
C’est une réviviscence.
Indélébile présence,
Aimer, s’aimer, t’aimer, m’aimer.


 

 

KANTÉ

 

Une mélodie glisse sur la brise,
Effleure ma peau, perle de rosée,
Mon corps s’éveille, frissonne,
Un chant secret en lui souffle.

Le vent traverse mes pensées troubles,
Mon esprit vacille, tergiverse,
Une étrange emotion m’envahit
C’est bien mon sang qui se dévoile.

L’automne s’installe, dense et doré,
Comme une incantation silencieuse,
La nuit entrouvre une page nouvelle,
Où fleurit l’acacia mystérieux.

Je l’ai nommée Kanté,
Âme semblable au frère d’âme,
Dans l’ombre douce réincarnée
Dans un souvenir à jamais gravé.


 

 

POMME

 

Sous ce petit toit carré,
Aux couleurs d’aurores lointaines,
Ton regard boréal effleure ma nature,
Debout, face à la fenêtre ouverte.

Dans ta paume, cette pomme
Qui évoque la tentation première,
Manne d’un amour naissant,
Allongés sur le sol bleu,
Nos souffles mêlés, brûlants.

En croix, nos corps s’embrasent
Dans la lumière du soir,
Mon cœur, dans ta main offert,
Comme ce fruit envoûtant,
Qui bat la chamade et s’abandonne.

L’azur se décline en pourpre,
En jaune, en bleu profond,
Nos traces se croisent et se décroisent,
Tandis que nos âmes conjuguent le désir
À l’heure où le jour ferme ses yeux.

Dans l’étrange profondeur du silence,
Mes yeux cherchent ton insolence,
Fixés à l’horizon,
Gardant la mémoire de nos corps enlacés,
Espérant l’éternité.

Le ciel se teinte de sang et d’or,
Dans les méandres de notre amativité,
Nos cœurs s’appellent à la nuit,
La ville s’éteint, épuisée
Nos lèvres s’abreuvent d’humidité.

Le besoin de s’étreindre devient urgence,
Se croiser, se goûter, se croquer
Comme cette pomme partagée.

Nos regards effleurent la voie lactée,
Nos “moi” se consument dans la flamme
D’un amour aussi vaste et avide que la mer.


 

 

BEGUE

 

Je ne sais pas pourquoi
Ce que je dis bégaie.
Mes mots s’entrechoquent, se cognent, se brisent.
Comment te dire à toi sans bégayer ?
En pinceaux, ou en couteaux, en couleurs, ou en signes,
Hiéroglyphes qui dessinent juste l’ardente poésie
D’un cœur en doute.

Ce que je dis bégaie,
Tremble comme une feuille d’érable au vent d’automne
Mes mots saccadés ; mots difficilement énoncés.
Ce ne sont que des « je t’aime » bègues que l’on entend quand on s’aime.

Comment les dire sans ânonner ?
En pinceaux, ou en couteaux en couleurs, ou en signes tracés,
Comme des idéogrammes.
C’est dire autrement
Que « je t’aime ».


 

 

Le Violon

 

Nourri de mots précieux,
Par une poésie lumineuse,
Je m’élève, porté si haut
Par le rire d’Elena,
Qui, presque jusqu’au ciel,
Nous entraîna,
Loin des abîmes.

L’alchimie du violon déchaîné
Me fit nager dans la joie pure
Où s’effaçaient l’amertume.
À demi-mots, je me disais
Qu’elle ouvrait des chemins lumineux
Dans la nuit où dormaient nos pensées.

Je songeais aux folies du monde,
En goûtant ainsi au bonheur d’être
De ceux qui savent du vent,
Faire un festin d’espérance.


 

 

CHANT DE COCO

 

Comme l’onde glisse sous les ponts,
S’en vont mes jours que j’aurais voulu retenir.
Ma jeunesse, aux couleurs de l’aurore,
Me poussait vers des terres inconnues,
Le cœur débordant de rêves
Interrompus
Qui s’entrechoquaient.

Comme aux matins de ma puberté,
Baigné dans une brise enivrante,
J’imaginais mon devenir dans l’avenir.
L’hiver, rude et insolent, forgeait
Mon cœur contre tous mes tourments.

Ici, la marche arrêtée longtemps reprenait,
Et je n’ai plus eu peur de guider ma barque,
Confiant vers la prochaine rive,
Ainsi s’écoulaient les jours
Comme s'écoule la Seine
Sous les ponts de Paris
Où Coco, ma fleur de magnolia,
Me promenait depuis l’Avenue de la Résistance.


 

 

Songes

 

Le frimas s’étire, vaporeux,
Sur la vallée des songes,
Caressant les collines d’un voile argenté.
Le ciel se couvre de reflets mystérieux,
Il laisse filtrer un éclat pâle.
Le jour traîne à éclore.

Au loin, l’aile diaphane
De l’ange fend l’horizon,
Dessinant un arc-en-ciel qui se tend,
Promesse de renouveau dans la grisaille.
L’archange, auréolé d’amour,
Entonne un hymne aux accents de joie.
Sa voix, en ondes cristallines
Se répand flamboyante,
Ranimant l’immensité en sommeil.

Peu à peu, s’impose la clarté,
La pénombre se dissipe,
La vie triomphe et l’emporte sur la mort.


 

 


 

 

Dans ce recueil, la poésie chemine entre l’ombre et la lumière, traversant les paysages parfois sombres de la mémoire et du cœur. Ces mots invitent à la réconciliation, à la fraternité, à la dignité partagée : chaque vers se veut une offrande, un calice d’amour tendu vers l’autre. Les voix des peuples, les blessures et les espérances s’entrelacent, dessinant les méandres d’une humanité en quête de paix. Ici, aimer devient un acte de résistance, parler devient une responsabilité commune. Ces poèmes célèbrent la force du lien, la beauté du vivre-ensemble, et la promesse d’un monde réconcilié. Un chemin de mots pour celles et ceux qui veulent croire en l’humain.

 

 

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