Mon imaginaire s’est forgé aux soirs des « contes autour du feu ». Nous étions enfants joyeux malgré notre modeste condition. Les langues des flammes que nous attisions chacun à son tour pour nous réchauffer et éloigner les insectes nocturnes (surtout les moustiques), les bêtes sauvages et les esprits malfaisants de la nuit, nous inspiraient des historiettes que nous improvisions chacun à tour de rôle. Les personnages principaux étaient les animaux de la forêt (singes, lions, antilopes, renards, léopards etc.) ainsi que les esprits des anciens qui nous hantaient. La conclusion devait correspondre à une leçon de morale liée aux enseignements de nos parents, de nos enseignants et des anciens. Puis vinrent les poètes de la négritude, les surréalistes et les classiques. L’oralité de ces contes, sans prétention, a façonné notre identité culturelle en nous rattachant à l’universalité. Notre pratique rhétorique abolissait la frontière tribale et instaurait des passerelles ouvertes sur les mondes singulièrement différents mais humains. Ce recueil en est le prolongement.

 

P.S. Je dis merci à celles et ceux qui ont perçu une certaine hauteur dans les mots qui disent ici des maux et des joies de la vie. J’espère qu’ici aussi se retrouve traduit l’idée de « créolisation » à laquelle j’adhère depuis que j’ai rencontré par quelques-uns de ses écrits Édouard GLISSANT. Car,  comme il a si bien dit : « Rien n’est vrai, tout est vivant. »


 

Apatride

Au feu ardent du temps maussade,
Tout ce qui se consume
Et se consomme vite attire,
Au gré d'une folie policée.
Mais les tables bien faites t’ennuient.
Tu es avide de droit.


Vivant ces moments de cynique déportation,
Assoiffé du choix d'être,
Tenu par la douleur convulsive du désir,
Dans une ambition apatride,
Tu vivras des moments sans plaisir,
                                                                                                                                                                                                                     
Tu te consumes et tu assumes
Pour mourir un peu tous les jours à petit feu.
Parfois, l’illusion incommensurable de gloire
Te miroite une victoire factice.

L’automne semble bien long,
L’hiver sera rude,
Dans les profondeurs de l’exode.
Le ciel est souvent gris métallique.


Tu seras en manque de sommeil.
Les bons souvenirs s’amenuisant.
Dans son gris manteau,
Le ciel t’embourbera dans l’inutile

 

 


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